Le petit Caderoussier novembre 1925

7 janvier 2019

Novembre 1925

LE PETIT CADEROUSSIER
 
Bulletin Mensuel

Lisez et faites lire Conservez chaque Numéro
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SOCIETE DE LA BONNE PRESS DU MIDI
A VAISON (Vaucluse)

Le Petit Caderoussier
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 Caderousse 10 Octobre 1925
Mes chers Paroissiens,
Ce n’est pas au premier coup d’œil jeté sur un malade, qu’un médecin consciencieux porte son diagnostic, et qu’il juge de la gravité de la maladie. Il ne se contente même pas de certains symptômes extérieurs. Il veut savoir, et il sait, surtout en se rendant compte des causes. Penché sur son malade, il étudie longuement, il l’ausculte avec soin ; puis il s’informe et ne néglige aucune question, si minutieuse soit-elle, qui serait de nature à l’éclairer. Enfin, quand il est fixé sur le cas pathologique soumis à son observation, et sur les causes qui l’ont produit, il est assuré de le guérir, si ce cas est humainement guérissable et que le malade consente à se soumettre à son traitement.
Imitons-ce médecin, mes chers Paroissiens ; et ne nous contentons pas d’un simple coup d’œil, jeté hâtivement, les mois précédents, sur l’état chrétien et moral de nos paroisses rurales. Il faut que nous parvenions à connaître les causes du mal, car cette connaissance projettera sur le cas présenté à notre méditation une lumière éblouissante. Alors nous serons fondés à en indiquer les remèdes appropriés.
Les causes de ce paganisme moderne sont multiples. Il a trouvé d’abord, un état morbide social, comme diraient les médecins, état qui lui a été un terrain plus favorable. Mais à quoi attribuer cet état morbide ? Et l’ignorance religieuse, aux divisions intestines, créées par la politique, un souffle d’indépendance et de bien-être, qui secoue depuis tant d’années, les campagnes aussi bien que les villes.
Si vous le permettez, mes chers Paroissiens, nous consacrerons une lettre chronique à chacune de ces causes. Leur influence a été trop néfaste, pour que je me contente de vous les indiquer. En attendant, essayez vous-mêmes d’y réfléchir, afin que vous soyez préparés à comprendre ce que je vous en dirai.
 Votre curé : Henri BLANC.

P.S.– L’impression du Petit Caderoussier a presque doublé ; l’exemplaire revient à quarante centimes environ. Or les abonnés à la Croix du Dimanche, le reçoivent pour dix centimes ; ce qui est cause que l’année dernière le déficit a été de deux cent cinquante francs. Cette année-ci le déficit ne sera pas moindre. Je ne puis pas grever le budget de la paroisse de ce déficit : ce ne serait ni juste ni loyal. Voici donc quel sera le prix des abonnements pour l’année 1926 :
Abonnés à la Croix du dimanche, 3 francs.
Abonnés du pays au Caderoussier : 5 frs
Abonnés qui reçoivent par la poste : 6 frs.
Je demande, de plus, que les abonnements soient tous versés durant le mois de Janvier, afin que nous puissions mettre les listes à jour. A partir de février ne seront servis que ceux qui auront versé ou envoyé leurs cotisations.
Amis du Caderoussier, si vous tenez que cette publication ait longue vie, ne lui refusez pas ce petit sacrifice.
 H. B.

Bonne nouvelle !
Pour compléter la restauration du Sanctuaire, notre curé nous a annoncé, le dimanche 4 octobre, l’inauguration prochaine d’une belle statue de S. Michel. C’est bien justice, puisque S. Michel est le titulaire de notre église.
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STATISTIQUE PAROISSIALLE
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Mariage. – Le 12 septembre, Paul Marquion a épousé Mlle Paule Chauvet, congréganiste et choriste très assidue. La bénédiction nuptiale leur fut donnée dans la chapelle de la Ste Vierge. Pendant la messe les choristes exécutèrent des cantiques de circonstance. Aux nouveaux époux nous adressons nos meilleurs vœux de bonheur.
Baptêmes. – Le 20 septembre, Germaine Raynaud, fille de Gustave Raynaud et de Marie Bérangier. – Le26 septembre, Marie-Rose Bernard, fille de Marius Bernard et de Ernestine Roux.
Décès. – Le 14 septembre, Gabriel Gromelle, congréganiste de Ste Anne, Décédée à l’âge de 73 ans, munie des sacrements. – Le 22 septembre, François Bernard, décédé à l’âge de 77 ans. – Le 24 septembre, Léon de Valois, décédé à l’âge de 77 ans. Inhumé à Orange.
Morts d’il y à un an. – Le 16 novembre, Hélène Delhomme. – Le 29 novembre, Caroline Aubert
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CHRONIQUE RELIGIEUSE
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Pèlerinage à N.D. de Rochefort. – Le 14 septembre eut lieu le pèlerinage paroissial à N.D.de Rochefort.
Une trentaine de pèlerins y prirent part. A leur arrivée, messe de communions avec chants, à 10 h. chemin de croix, à 2 h. vêpres, suivies d’une allocution donnée par le R.P. Supérieur. La bénédiction du St Sacrement clôtura cette pieuse journée très bien remplie.

 EN VACANCES
Les clochers qui passent
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Que faire en wagon, si l’on ne veut pas s’ennuyer ?
L’étude, silencieuse et discrète, des compagnons de route n’est pas souvent intéressante ; la lecture, à la longue, devient une fatigue, et, si le paysage est quelconque, ce n’est point là encore une bien grande distraction.
Mais l’âme chrétienne et pieuse rencontre des sujets d’émotions douces et profondes, tout embaumées de poésie, même dans un paysage qui peut n’avoir rien de très remarquable pour l’artiste ou le touriste.
Il lui suffit d’apercevoir une rustique église, une modeste chapelle, un humble clocher émergeant de la verdure, pour éveiller en elle de sublimes pensées : ‘Mon Dieu, dit-elle, vous êtes là !... et là-bas encore !’
Ils sont si jolis, tous ces petits clochers qui passent, tantôt roses sous leurs tuiles neuves, tantôt bleus en leur étui d’ardoises ; clochers gothiques ajourés et sveltes, s’élançant d’un jet vers le ciel ; clochers romans plus lourds, mais combien vénérables avec leur pierres rongées de mousse, parlant des vieux âges où l’on croyait fortement et où l’on priait bien, clochers lointains si lointains qu’ils ne sont plus que de frêles grisailles ! Comme tous ils nous disent de leur geste éloquent : le Dieu du Ciel est là !...
Ils ont des airs hospitaliers qui attirent. Qu’il doit faire bon à leur ombre bénie ! On voudrait s’arrêter, vivre un peu dans l’un de ces coins perdus, d’une vie paisible, inconnu, loin de tout bruit, de toute agitation…
Une légère impression de regret reste au cœur de passer si vite, si vite. On songe aux Angelus qui s’envolent trois fois le jour de tous ces clochers bleus, de ces clochers roses, avec leurs notes claires et pures, chantant harmonieusement dans les campagnes.
Alors l’âme qui passe, attendrie par ce plaintif appel, envoie à son Dieu délaissé une adoration muette. Confusément elle prie… Elle n’est plus dans le lourd wagon, elle ne sent plus la fumée étouffante, elle ne voir plus le voyageur qui affecte d’étaler d’ignobles journaux ; elle est perdue dans un rêve, prostrée dans une intime prière à l’ombre des clochers bleus et des clochers roses qui montrent le ciel…
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Une âme désire parfois explorer le fond d’une autre âme. La sienne propre, combien rarement !
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Beaucoup disent des prières. Très peu prient. Prier, ce n’est point seulement parler, c’est écouter. ‘Vous n’écoutez pas ce que vous dites’, s’écrie saint Jean Chrysostome, ‘comment voulez-vous que Dieu vous écoute ?’
 R. PLUS S. J.

Le Testament de Pie X
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Il y a eu jeudi, 20 août, onze ans que Pie X mourait au Vatican le cœur brisé par l’horreur d’une guerre qu’il avait vainement tenté de conjurer.
Justement la vie de Pie X vient d’être rappelée de façon bien intéressante dans un petit volume publié à Rome par Dom Benedetto Pierami, bénédictin de Vallombreuse et abbé de Saint-Praxède. Cet éminent religieux est le postulateur de la cause de Pie X et, en cette qualité, il a été mis en possession d’une foule de documents qui lui ont permis de donner à son récit un intérêt particulier.
Parmi les traits que cet ouvrage met le mieux en lumière, on remarque la bonté, la simplicité de Pie X, et l’on pourrait glaner le long de ces deux cents pages, bien des anecdotes à joindre à celles que l’on connaît déjà sur le prêtre, sur l’évêque, le patriarche, le pape. Retenons seulement ce que Dom Pierami nous dit de l’humilité dont il fit preuve dans ses relations avec sa famille.
Le Pape, avant de mourir, avait réglé la situation des siens par des dispositions testamentaires qui sont vraiment émouvantes. Après avoir invoqué la Sainte Trinité, et avoir exprimé sa confiance dans la miséricorde divine, Pie X continuait ainsi :
‘Je suis né pauvre, j’ai vécu pauvre, et je veux mourir pauvre. Je prie le Saint-Siège d’accorder une pension qui ne dépasse pas 300 lires à mes sœurs Anna et Marie, de 60 lires à mon domestique’.
Pie X léguait 10.000 lires à ses neveux et nièces, mais en subordonnant ce legs l’approbation de son successeur, le priant de juger s’il pouvait attribuer à sa famille une somme de 10.000 lires qui lui avaient été offerte par un donateur généreux pour être remise à ses parents. Il donnait également des indications pour ses funérailles, qu’il désirait très simples, demandant que son corps ne fût pas embaumé et qu’il fût inhumé dans la crypte de la Basilique Vaticane.
Une telle simplicité est vraiment touchante, et les journaux italiens exprimèrent l’admiration que causait à tout le peuple un pontife qui donnait jusque dans la tombe des preuves si éloquentes de désintéressement.
‘Ce que Pie X laisse à ses sœurs, écrivait alors un journal libéral roman, représente à peine la nourriture et le logement et il subordonne encore à l’approbation de son successeur, reconnaissant explicitement et absolument que tout appartient à l’Eglise et qu’il ne peut disposer de rien, pas même de ce qui lui avait été donné à l’intention de sa famille ; même pour cela il demande l’approbation du Saint-Siège’.
Comme le note Dom Pierami, les parents du saint pontife, après sa mort, demeurèrent dans la condition où ils se trouvaient avant qu’il montât sur la chaire de Saint-Pierre : pas de palais, pas d’argent, pas de titre nobiliaire, pas d’objets précieux en souvenir de lui. Ils se bornèrent à honorer sa mémoire dans le silence et la retraite, se montrant ainsi dignes de exemple qu’il leur avait donné.
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Le Culte Catholique
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La constitution civile du clergé (suite)
Comme dans toutes les révolutions, la violence eut ses jours de triomphe. La Législative qui marqua la lutte la plus aigue des appértus entre Jacobins et Girondins, se termina par le triomphe des Montagnards, et avec la Convention fut inauguré le régime de la Terreur. Le sarge surtout le sang des prêtres réfractaires, coula à flots partout. Leur martyre héroïque est une des plus belles pages de l’Eglise de France. Ce sera peut-être un jour, ici-même, le sujet d’une étude particulière.
Mais les prêtres assermentés, que leur apostasie avait déjà faire tomber dans le mépris public, n’eurent pas un meilleur sort ; Car la Révolution, qui était surtout doctrinalement athée, suivait sa pente logique comme une coulée de lave à qui ne s’opposerait qu’une barrière de papier. La concession que Robespierre proposait de faire à l’ ‘Etre suprême’ en lui donnant la présidence d’honneur de la nouvelle cité, n’en changeait pas le caractère.
Ces malheureux prêtres furent donc mis, à leur tour, en demeure, ou de rentrer par une abdication absolue, dans les rangs des laïques, ou de monter dans le second convoi vers la guillotine que la Montagne sous le nom de Convention, tenait en permanence sur toutes les places publiques à l’usage de ceux qui étaient si facilement accusés d’incivisme.
Voici l’attitude lamentable de l’évêque constitutionnel de Paris, le fameux Gobel. Une nuit, Chaumette, Hébert, Clootz et quelques autres fanatiques d’athéisme, pénètrent chez lui et lui intiment l’ordre de venir le lendemain matin à la Convention, accompagné de son Clergé et d’y déposer ses pouvoirs. Gobel qui a déjà prêté le serment schismatique, recule devant cette nouvelle abdication. Mais il n’a pas dans ses veines le sang des confesseurs de la foi, il n’en aura pas les belles attitudes. Il se traine aux pieds de ces misérables, il pleure et… finit par céder ! Le lendemain il se présente en effet à la Convention, coiffé du bonnet rouge ; ses vicaires le suivent. ‘Aujourd’hui, dit-il, que la Révolution marche à grands pas vers une fin heureuse ; aujourd’hui qu’il ne doit plus y avoir d’autre culte public que celui de la Liberté et de la sainte Egalité, parce que le souverain le veut ainsi, je renonce à exercer mes fonctions de ministre du culte catholique. Les citoyens, mes vicaires se réunissent à moi ; puisse cet exemple servir à consolider le règne de la Liberté et de l’Egalité’. Et il remit sa croix pastorale et son anneau au président dont il reçut l’accolade.
Culte de la Raison. Mais les Montagnards ne croyaient pas encore que le peuple puisse se passer de Culte Ils se disaient que la Révolution elle-même était une religion qu’il était possible d’élever en la naturalisant, au dessus des anciens cultes.
La Convention décréta donc qu’un culte raisonnable serait substitué au catholicisme, et que l’Eglise Notre-Dame serait dorénavant le ‘Temple de la Raison’. Le Clergé fut chassé de toutes les églises qu’on dédia, celle-ci à l’Amour conjugal, celle-là à la Liberté, et ainsi des autres. – En même temps qu’elle laïcisait les églises, elle faisait inscrire à l’entrée des cimetières ces mots : ‘La mort est un sommeil éternel’. (A suivre)
 P. Le BRUN. c.d.
 

SCOUTS DE FRANCE
Alors ! Faisait Jean à René sous l’allée Ormeaux, tu es toujours favorable au Scoutisme ? – Plus que jamais. – Avoue cependant que c’est un mouvement d’importation étrangère. – Est-ce que tu prends du café, Jean ? – Bien sûr, 2 fois par jour : au petit déjeuner et après-midi. – Et tu en récoltes dans ton jardin ? – Tu sais bien que non. – Voilà donc que tous les jours, tu uses d’un objet d’importation étrangère, tu trouves cela naturel ; parce que tu en éprouves du bienfait ; tu fais de même non seulement pour le café, mais pour le thé, le cacao, le riz, les dattes, la vanille, les oranges, et une foule d’autres produits jusques et y compris l’essence de ta limousine ; conclus donc que le fait d’ jusques et y compris l’essence de ta limousine ; conclus donc que le fait d’être d’importation étrangère n’implique nullement une note de malfaisance, sans quoi notre alimentation, notre industrie française serait singulièrement gênée, il faudrait bannir de tant de maisons religieuses : foot-ball, base-ball, croquet, tennis, basket-ball et… Mais les vignes, les oliviers, les pommes de terre, n’ont-elles pas été aussi, jadis, importés de l’étranger ? Alors ?...- Soit, tu as raison, mais pourquoi le créateur du scoutisme, le Général Baden Powel est-il Protestant – Brandy est-il catholique ? – Certes ! – Alors, je respire – Pourquoi ? Parce que s’il avait été protestant, en appliquant ton principe, nul catholique ne devait installer un poste de T.S.F.écouter un radio-concert, profiter de la découverte d’un hérétique. Suppose Pasteur protestant… Défendu d’utiliser ses idées pour combattre les maladies microbiennes, guérir la rage, sauver les vers à soie… sois logique.
Baden Powel savait comme toi et moi que souvent l’enfant est très mal préparé à la lutte pour la vie : en satisfaisant ses caprices, on le gâte, en face d’un danger, d’un accroc, 9 fois sur 10, on perd la tête, on demeure impuissant ; or il a expérimenté qu’on peut cependant beaucoup obtenir de l’enfant et il en est arrivé en effet à créer une méthode d’éducation supérieure qu’il a su rendre très attrayante ; en faisant jouer l’enfant, il réussit non seulement à le détendre, à le fortifier physiquement, mais encore à le viriliser, à lui enseigner la loyauté, le respect, la maîtrise de soi, la bonne humeur, le service du prochaine : pourquoi ne pas essayer d’utiliser cette méthode qui a fait ses preuves ? – Mais qu’en pense le Pape ? – Beaucoup de bien. Il a donné pour aumônier général aux scouts catholiques italiens un P. Jésuite qui est son ami. Il vient d’accueillir à Rome à bras ouverts des Scouts de tous les pays du monde. Il a accordé aux aumôniers le privilège de célébrer la messe en plein air et de confesser tous les Scouts des camps. Il a enfin fait écrire à l’aumônier général des Scouts de France, le chanoine Cornette, par son Em. Le Cardinal Gaspari : ‘secrétariadi stato di sua santita n° 45174 : Le St Père a reçu avec une bienveillance toute particulière la lettre par laquelle vous avez sollicité la nomination d’un Cardinal Protecteur pour cette œuvre de jeunesse qui va s’élargissant dans votre pays aussi bien que dans les autres parties du monde. – Sa Sainteté suit avec un intérêt tout paternel le mouvement scoutiste catholique, et voit avec une satisfaction bien vive qu’il forme l’objet de la plus heureuse activité de la part de ceux qui ont à cœur les intérêts religieux dans votre pays… C’est bien de cœur que le Saint-Père vous encourage dans votre généreuse entreprise… dans laquelle la jeunesse catholique trouve un aide si puissant pour cette éducation foncièrement chrétienne qui seule peut la préserver des dangereux contacts et lui assurer le salut… Implorant les faveurs divines sur votre œuvre et sur ceux qui lui consacrent leur dévouement et leur enthousiasme, le St Père vous envoie volontiers à vous-même et à toute votre jeunesse scoutiste le bienfait de sa paternelle bénédiction’. (Cité par la Croix de Paris, page documentaire, 20 Août 1925)
 François REGIS
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 L’ARMANA PROUVENCAU

LI CATLI CHIN E LI GARRI
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Quant li cat an acassa’ un gàrri, - avans de lou manja, n’en jogon entre-sis arpo… Coume vai ? vous lou vau dire.
Li cat emé li chin soun enemi de longo toco, perqué se dis d’aquéli que soun en malamagno : ‘Viron coume chin e cat’.
Un jour pamens, las de se faire la guerro, li chin emé li cat passèron un tratat de pas e escoundeguèron l’ate dins un trau de muraio.
Mai li gàrri, en furnant, troubèron lou papié e lou manjèron. E’m’aco, zou mai la guerro entre la chinassarié e la catuegno !
Es que li cat soun pas proun fort : e desempièi, de la maliço, fan la casso au ratun pertout ounte lou sènton. Mai touto fes e quanto que podon arrapa quauque miserable rat, avans de l’esquicha ié renon à l’auriho :
- Ounte es lou papié, marrias ?
- L’ai manja, respond lou gàrri.
E’m’aco lou cataras trigousso e fai dansa lou paure marridoun… pèr ié faire raca lou papié.
 Lou CASCARELET 78
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EN SOIREE
Une danseuse maigre, pâle, défaite, danse éperdument.
Survient le Dr X… qui la regarde et dit tout bas à son voisin :
- La phtisie galopante.
BONNE NOUVELLE
Lu dans un journal américain :
Le condamné à mort Betty, dont l’état de santé des plus précaires donnait de vives inquiétudes à son entourage, vient de subir une opération très délicate, à la prison de Columbus (Ohio), où il est détenu. Son rétablissement ne faisant plus de doute, nous sommes en mesure d’annoncer qu’il sera tout prochainement exécuté’.
ROSSERIE D’OFFICE
Un fournisseur se présente avec une facture chez un de ses nobles clients.
Le domestique qui le reçoit esquisse une moue d’inquiétude qui n’échappe pas au fournisseur
- Ah ! Ça, fait-il, mais il ne paye donc pas, votre patron ?
- Oh ! Pour ça, répond le domestique, M. le comte est fidèle à sa devise ‘devoir avant tout !’
CONTRADICTION
Monsieur reçoit une carte de son fils interne dans un collège lointain. Il lit avec stupeur les mots suivants :
‘Chair papa ; geai été le premié en aurtograffe !’
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DIMANCHE ET LUNDI
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Satan, qui est le singe de Dieu, s’exerce ici, comme toujours, dans la parodie.
Le Seigneur ayant choisi son jour, Satan a choisi le sien.
Le dimanche est le repos du sanctuaire ; le lundi est le repos du cabaret.
Il y a deux coupes : celle du dimanche et celle du lundi. Et, au fond de chacune de ces coupes, il y a l’ivresse.
Le dimanche rapproche l’homme de l’ange ; l’ivresse du lundi le met au-dessous de l’animal.
Le repos du dimanche est pour l’ouvrier la condition même du travail des six jours ; le repos du lundi produit la paresse des six jours.
Le repos du dimanche pousse à l’action ; le repos du lundi pousse à l’inaction.
Le repos du dimanche est et prépare l’économie ; le repos du lundi est et prépare la ruine.
Le repos du dimanche est et prépare la paix dans la famille ; le repos du lundi est et prépare la discorde dans la famille ; la querelle et la fureur l’accompagnent et le suivent.
Le dimanche est l’ange gardien de la semaine.
 Ernest HELLO
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LES ŒUVRES DE DIEU
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Une sœur dit un jour à la Mère Marie de Jésus, en lui montrant une belle rose dans un parterre :
- Ma Mère, voyez donc cette rose… comme elle est belle !... On dirait de la porcelaine.
- Comment, fit la servante de Dieu, c’est vous qui me dites une pareille sottise ?...
- Mais, ma Mère, je… je veux dire que…
- Mon enfant, je vous en prie, ne dites pas davantage, ne répétez pas une telle énormité… Comment osez-vous comparer l’œuvre du Créateur à celle de la créature ?... Quel artiste, si habile soit-il, pourrait ne jamais donner à son œuvre une perfection égale à l’œuvre de Dieu ?
Pour le coup la Petite-Sœur resta figée sur place, et pour que la leçon eut le temps de porter, la vénérée Mère la laissa seule devant sa rose… en porcelaine, et rentra dans la salle de communauté.
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NOSTI VIEI DITOUN
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 Pèr Toussant – L’oùlivo à la man.
 Li carretié cresson lou camin siéu.
 Vau mai la pratico – Que la grammatico.
 La cabro es la vaco dou paure.
 Blad espés – Fai gau tres mes, - E vuejo lou granié dos fes.
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JE VAIS AU CIMETIERE
Je vais souvent au cimetière, car là, plus et mieux qu’ailleurs, je pense à ceux qui m’ont devancé dans le grand voyage de l’éternité. Leurs restes mortels sont là, mais leur âme est ailleurs… Elle est dans le purgatoire, où elle achève de se purifier de ses fautes et imperfections d’ici-bas, avant d’entrer pour toujours au bienheureux séjour des élus !... Nos prières, nos aumônes, nos bonnes œuvres et surtout le Saint Sacrifice de la messe offert pour eux, hâtent leur délivrance et l’entrée de leur chère âme dans le paradis.
Vous qui assistez aux derniers moments de l’un des vôtres – mort chrétiennement, - vous qui voyez avec saisissement sur son visage reposé et tranquille comme les premières clartés du jour éternel, ne dites pas : ‘C’était un saint !... c’était une sainte !... son âme est au ciel !...’ Ne dites pas cela. Que votre vénération n’empêche pas la prière que vous devez à Dieu pour cette pauvre âme, car s’il y a des taches dans le soleil, si Dieu en voit dans ses anges pourtant si parfaits, il peut en trouver dans l’âme de ses saints. Donc ne canonisez pas trop vite vos défunts, car vous pourriez, faute de prières laisser leur pauvre âme gémir et souffrir trop longtemps en purgatoire.
Au cimetière, là plus et mieux qu’ailleurs :
 Les âmes nous parlent sans bruit,
 Elles disent à leur manière :
 Le noir tombeau n’est pas la nuit,
 C’est le passage à la lumière ;
 L’esprit montant vers la clarté,
 Dégagé des chaînes mortelles,
 Trouve en Dieu pure vérité,
 Paix et délices éternelles !
Au cimetière, sur la tombe d’un être tendrement aimé, plus et mieux qu’ailleurs, par l’esprit, par le cœur, par l’âme, on voit, on constate l’incommensurable distance qui sépare la créature humaine de la brute dépourvue d’intelligence.
En effet, selon cette judicieuse remarque d’un illustre penseur : ‘… La bête connait-elle le cercueil et s’inquiète-t-elle de ses cendres ? Que lui font les ossements de son père ? Ou plutôt sait-elle quel est son père, après que les besoins de l’enfance sont passés ? D’où nous vient donc la puissante idée que nous avons du trépas ? Quelques grains de poussière mériteraient-ils nos hommages ? Non sans doute : nous respectons les cendres de nos ancêtres parce qu’une voix nous dit que tout n’est pas éteint en eux. C’est cette voix qui consacre le culte funèbre, chez tous les peuples de la terre ; tous sont également persuadés que le sommeil n’est pas durable, même au tombeau…’ et que la mort n’est qu’un réveil dans une autre vie qui ne finira jamais et dans laquelle un Dieu aussi juste que puissant et bon rendra à chacun selon ses œuvres.
Sachons donc nous souvenir chrétiennement de nos chers trépassés. Tout ce que nous faisons pour eux se change en grâces pour nous, et dans l’autre vie nous en retrouverons le mérite cent fois doublé !
 La HIRE.
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 CONTE de L’ARMANA
Li luneto
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Louvisoun, la véuso dou paure Jean-Tap, de Mouriero, qu’avié tout au mai uno trenteno d’an, se plagnié pamens que sa visto beissavo, beissavo, e n’en èro touto inquieto.
Un jour qu’èro vengudo en Avignoun, anè vers Moussu Terzani, qu’es marchand de luneto.
- Moussu, ié diguè, crese que ma visto baisso, baisso. Voudriéu ùni luneto que m’anèsson bèn. Imaginas-vous que quand acampe uno maio à mi debas, ai proun obro père enfiela moun aguïo.
- Anan cerca ‘nsèn lou numéro que vous fau, bravo femo, è l’auren lèu atrouva…Tenès, assajas un pau aquèsti.
Louvisoun assèto li luneto sus soun nas, e : - Vese que de nèblo fai au marchand, rèn que de nèblo.
Moussu Terzàni cerco un autre numéro :
- E aquèsti ?
- Mai de nèblo, Moussu.
- Veici, pense, ço que vous fau.
- Moussu, toujour de nèblo !
- Belèu aquèsti faran voste afaire…
- Encaro mai de nèblo !
- toujour de nèblo, toujour de nèblo !... Leissas-me vèire vostis iue.
E Moussu Terzàni despacienta, eisaminè lis iue de Louvisoun.
Aquesto fes, ie faguè, capitarai lou bon numéro. Vous n’en responde ! Tenès, bravo femo, assajas un pau eiço.
E Louvisoun assajo lou parèu que lou marchand ie semound.
- Ah ! Ah ! Finalamen, veleis-aqui li bono ! Ie vese clar, Moussuclar e net coume quand ie vesiéu bèn. Quant me li vendrès, aquèsti ?
- Toujour lou pu juste ! trento sou.
- Me ie poudès rèn leva ?
- Pas un liard, ma bello.
Louvisoun fourro li luneto dins soun estuei pago e :
 - Adressias, brave Moussu, e gramaçi ! m’avès rendu un famous service !
E part.
E Moussu Terzàni, vague de rire, e de rire à se teni li costo !
Quau aurié pas ris ? Venié de vèndre ùni luneto que i’avié ges de vèire !
 Lou CASCARELET 78.
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Avis. – Tout de qui concerne le Coin des Chercheurs doit être désormais adressé à M. l’abbé Brémond, aumônier, Chemin des Sources, N° 23, Avignon. – Merci d’avance à nos aimables correspondants.

LE SEMEUR
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 Seul, à son grand labeur, sous le ciel inclément,
 Le semeur, dans le champ, promenait sa main lente.
 Un charlatan, sonnant sa fanfare insolente,
 Sur un tertre voisin monta pompeusement.

 Il eut autour de lui la foule en ce moment,
 Fit ses tours, harangua de façon turbulente,
 Flatta fort ces oisons, et, séance tenante,
 Leur vendit son remède à tous maux, chèrement.

 Le semeur, dans le champ, menait son pas tranquille.
 Le charlatan, piqué, tança cet indocile :
 ‘Eh ! là-bas, l’homme au sac qui promènes ta main,

 Sais-tu pas que je vends la vie et l’espérance !
 Que fais-tu, quand ceux-ci boivent l’eau de Jouvence ?’
 L’autre, continuant, dit : ‘Je leur fais du pain’.
 Louis VEUILLOT.
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EN CE MOIS DE NOVEMBRE
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- Dimanche, premier jour du mois : Fête de la Toussaint.
- Lundi, 2, Les Morts. – Ce jour-là, comme pour le jour de Noël, tous les prêtres peuvent célébrer trois messes. Les pieux chrétiens visitent le cimetière et prient pour leurs chers disparus.
- Mercredi 11 novembre, Fête de St Martin et Anniversaire de l’Armistice.
Grande solennité à Avignon : Monseigneur de Llobet, archevêque, et coadjuteur de Mgr Latty, fera la consécration de l’Eglise du Vœu de guerre élevée en l’honneur du Sacré-Cœur de Jésus par souscription des familles catholiques du diocèse.
- Dimanche 29 : 1er dimanche de l’Avent. Voici déjà en perspective la belle fête de Noël si chère aux cœurs chrétiens et provençaux !
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Le coup de téléphone
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Marius a commandé une belle couronne mortuaire sur laquelle on lira ces mots écrits en perles blanches : ‘Au revoir !’
Rentré chez lui, il réfléchit que cet au revoir est bien maigre. Vite un coup de téléphone au fabricant :
- Voudriez-vous ajouter ‘au ciel’ s’il y a encore de la place ?
Le lendemain, en face des couronnes offertes par les parents et amis, malgré la gravité de la circonstance les personnes présentes ne purent s’empêcher de rire. On lisait, en effet, sur celle de Marius : ‘Au revoir au ciel, s’il y a encore de la place !’
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IL en resta une
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En cette nuit-là, avec un grand soupir où chaque atome de vie semblait clamer son épouvante, l’homme expira.
On mit le pauvre corps émacié dans deux draps blancs…
Pendant ce temps, l’homme paraissait devant Dieu.
Et il arrivait, révolté en tout son être.
Le ver écrasé se redressait devant Celui qui, tout-puissant et bon, avait avec indifférence, laissé toute souffrance s’acharner sur sa créature.
Aux pieds de ce Dieu, l’homme jeta sa croix écrasante avec un geste de défi.
- Pourquoi, m’en-as-tu écrasé les épaules… ?
- Jamais je n’ai mis une croix pareille sur une seule de mes créatures !
- Mais enfin elle est là !...
Oui elle est là !... Mais ce n’est pas la mienne. Mon joug est doux, mon fardeau léger.
A deux mains, Dieu alors souleva la croix :
- Constate… ? Ce n’est pas une croix, c’est beaucoup de croix que tu as portées…
Et les unes après les autres, Dieu les sépara :
- Celle-ci d’abord, ‘Défiance perpétuelle de l’avenir’.
Moi j’ai dit : ‘Donnez-nous aujourd’hui le pain d’aujourd’hui…
J’ai fait cette répétition exprès… le pain matériel… le pain d’amour…
Or, toi tu t’es dressé sur la pointe des pieds pour scruter cet avenir que je t’avais interdit ; et tu as souffert dans le présent de tout ce qu’il pouvait t’apporter.
Pourtant je t’avais montré l’oiseau des champs…
Je t’avais dit : ‘Occupe-toi ne te préoccupe pas ! Car je suis là… Un père ne donne pas un serpent au fils qui lui demande du pain…
Cette confiance… tu en as refusé l’immense douceur.
Alors, cette croix est-elle ma croix… ?
Et puis celle-ci :
- Tu avais presque tout pour être heureux… Oui, presque tout ! Et tu es devenu jaloux de celui qui te paraissait avoir davantage. Pour consolider ta situation, tu as dit des choses abominables qui ont amené des réactions… Tu as des larmes sur les mains… du sang peut-être !...
Tu as réussi à faire souffrir, mais tu as souffert toi-même.
Cette croix de la jalousie est-elle la mienne… ?
L’homme ne répondit pas.
Le Seigneur continua :
- Tu as voulu mettre de l’amour dans ta vie… Et je te comprends. Moi-même, le premier, j’ai dit à ton ancêtre, qui pourtant, étant dans le paradis, et avait le matin des êtres et des choses : ‘Il n’est pas bon que l’homme soit seul !...’
Mais l’affection est une si sainte et délicate fleur, que j’ai assigné à l’humanité les moyens de ne pas la profaner.
Ces moyens tu les as méconnus…
Alors tu as payé des rançons douloureuses : car la corruption des choses exquises est terrible !...
Cette croix est-elle de moi… ?
Dieu continua :
- Je t’ai dit : ‘une seule chose est vraiment nécessaire : ton âme !’ Toi tu as décrété que c’était l’Argent.
A la conquête de cet argent, tu t’es sacrifié tout entier…
Tu as fait pour lui des choses que jamais je n’aurais voulu te demander… Oh ! Oui !...la vie terrible que tu as menée !... l’engrenage effarant des affaires… Les tristes bureaux sans lumière… Les sèches comptabilités… Les affaires des échéances… Les proses des noirs usines…
Cette croix des affaires… Cette croix de l’argent à tout prix et ‘du plus d’argent possible’, est-ce moi qui t’en ai opprimé les épaules ?
- Mais mes souffrances corporelles… ? clama l’homme…
- Lesquelles… ?
Dieu écouta
Et, à chacune, il répondait :
- Ton aïeul a péché… Tu es solidaire de ses vertus… et de ses vices. Il y a la communion des saints… celle aussi des pécheurs.
Je t’ai dit : ‘Repose-toi le dimanche !...’
Et tu as travaillé.
Je t’ai dit : ‘Sois sobre !...’ Tu ne l’as pas été.
Je t’ai dit : ‘Sois pur !...’ Et tu as jeté ta jeunesse à toutes les marchandes de plaisir.
Ces croix sont-elles les miennes ?
Et lorsque, une à une, de la croix immense, épouvantable, Dieu eut séparé toutes les croix humaines, celles qui n’étaient pas vraiment signées de lui, il en testa une… une seule alors qui était bien la sienne… celle dont il a dit : ‘Que celui qui veut venir après moi prenne sa croix’.
Mais celle-là était petite… toute petite !...
Elle était surtout si enveloppée d’amour… si adoucie de consolation… si irradiée d’espoir… Qu’elle n’était presque plus une croix…
En la considérant, l’âme, tout à l’heure révoltée, s’anéantissait devant Dieu, en murmurant :
- Pardonnez-moi, Seigneur !...
 Pierre L’ERMITE
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L’ENCLOS INCULTE
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John Thelwal, dans une conversation avec Coleridge (poète anglais) prétendait qu’on ne doit chercher à faire entrer aucune opinion dans l’âme des enfants avant l’âge de discrétion, âge où ils peuvent eux-mêmes discuter les idées et les adopter ou les rejeter en connaissance de cause.
Tout en causant, Coleridge le conduisit dans un petit enclos inculte, derrière sa maison.
- Voilà mon jardin, dit-il.
- Votre jardin ! S’écria Thelwal, il est tout couvert de ronces et de mauvaises herbes !
- Sans doute, reprit Coleridge, mais c’est parce qu’il n’est pas encore arrivé à l’âge de discrétion. Il a plu au terrain de se laisser couvrir de mauvaises herbes : ce n’est pas ma faute. Peut-être dans quelques années, lui conviendra-t-il de préférer les fleurs et les fruits. Je ne veux pas lui imposer un jardinier.
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Les Plumes qui tuent
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La plume !...
Elle est parmi toutes les armes modernes, la plus petite, la plus puissante !
Qui dira ses exploits ?
Cette arme qui ne pèse pas trois grammes est capable de mieux servir l’idéal que les lourdes épées des Bayard et des Roland.
Plume si fragile qu’un enfant te brise sans effort, tu brises sans effort les plus fiers despotes.
Qui dira tes méfaits ?
Toi qui, par les temps de vie chère, coûtes cinq centimes, tu édifies les fortunes scandaleuses, tu fais couler l’or de la corruption.
Plume ! Arme minuscule, fléchette de trois centimètres !... Tu peux être cent fois plus redoutable que la longue flèche du Caraïbe. Entre les deux lamelles métalliques qui divisent ton extrémité tremble une gouttelette d’encre : une simple gouttelette, mais dont l’action corrosive est plus terrible que celle du curare.
 *
* *
Car il y a des plumes qui tuent…
L’art de la guerre a perfectionné la science de la mutilation atroce, mais sur la liste funèbre des instruments cruels, à côté des bombes et des balles explosives, il faut ranger les plumes qui tuent…
La balle, après tout, ne frappe qu’au front.
La plume frappe à l’âme.
La balle ne frappe qu’une fois.
La plume frappe plusieurs fois.
Après les combats, sur les grands champs de bataille où tombe la nuit, on peut voir l’œuvre des balles : les flaques de sang, les membres déchirés.
Ah ! Si on pouvait voir l’œuvre de carnage moral accomplie par certains auteurs : les consciences irrémédiablement saccagées !...
Les malfaiteurs littéraires tuent.
Or, ceux qui tuent s’appellent, en français, des assassins !
Quel est le signalement d’un assassin ?
On répond : ‘C’est l’apache à mine patibulaire, qui, à minuit, au coin d’un bois, le doigt sur la gâchette du browning, demande la bourse ou la vie et qu’on retrouve ensuite sur les bancs de la cour d’assises ou au bagne’.
L’assassin est cela.
Mais pas seulement cela.
Voyez cet écrivain aux fines manchettes, devant son bureau en vieux chêne sculpté où fleurissent les orchidées, où s’étalent de fins coupe papier et des bibelots d’art. Les hommes l’appellent : l’élégant styliste ! Le romancier du jour ! Dieu l’appelle : un assassin ! Un assassin d’âmes
Il tue, non pas comme le bandit vulgaire, dans une crise de colère où il ‘voir rouge’ dans l’exaspération d’un drame conjugal, mais quotidiennement, froidement, méchamment, il fait la lugubre besogne d’une littérature meurtrière des âmes.
Je sais ! Je sais ! Il est académicien, siégeant sous la coupole ; portant les parements au col vert et, au côté, l’épée de parade à poignée de nacre.
N’empêche qu’il soit un malfaiteur.
On s’indigne quand on lit dans un journal un de ces drames de jalousie où un misérable jette du vitriol à la figure de son rival.
Il est plus grave encore de jeter dans les cœurs certains acides corrosifs, et, crime pour crime, mieux vaudrait défigurer le visage que l’âme.
Défions-nous des assassins en smoking.
 P. HOORNAERT.
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Le coin des Chercheurs
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I. – Réponse aux devinettes d’Octobre

N°93 : Betterave (bette-rave) ; N° 94 : Ronce, Once ; N° 95 : Lougau. 

II. - Nouveaux jeux d’esprit

N° 96 : Enigme (Par Mélanie des Fontaines)
 Il est sur la table, on ne le mange pas ;
 Il est sur le feu, il ne se brule pas ;
 Il est dans l’eau, il ne se noie pas.
N° 97 : Calembour (envoi de Mimosette)
 - Quel est le meilleur moyen de trouver un mari ?
N° 98 : Devinette (Par M.G. de Violès)
 Une dame toute en rouge, accompagnée de trente-deux demoiselles toutes en blanc. Qu’est-ce donc ?

 FIN

Impr. Bonne-Presse du Midi – Vaison Le Gérant N. MACABET