Le Petit Caderoussier Novembre 1923

4 août 2018

1re année Novembre 1923 N° 11

LE PETIT CADEROUSSIER
 
Bulletin Mensuel

3 Fr. par ans
Lisez et faites lire Conservez chaque Numéro
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SOCIETE DE LA BONNE PRESS DU MIDI
A VAISON (Vaucluse)

PREMIERE ANNEE NOVEMBRE N° 11

LE PETIT CADEROUSSIER
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STATISTIQUE PAROISSIALE
Du 25 Août au 24 septembre
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Baptêmes. - Raymond Guigue, demeurant au quartier de Salarie ; Julien Vincent, quartier des Négades ; Odette Dupeyre, Cours de l’Est ; Paule Roux, au Pélori.
Mariage. - Le 29 septembre, Séraphin Guérin a épousé Henriette Coursan, choriste et congréganiste de la Ste Vierge. Pendant la messe, les choristes exécutèrent des cantiques de circonstance. Nous adressons aux nouveaux époux nos meilleurs vœux de bonheur.
- Le 29 octobre, Clément Aubert a épousé Angéline Vache, congréganiste de la Ste Vierge. La bénédiction nuptiale leur a été donnée dans la chapelle de la Ste Vierge.
Mariages en dehors du pays. - M. Marius Héraud a épousé Mlle Juliette Augustine Courtil. Ce mariage a été célébré à Montfaucon, pays de la mariée.
- A Avignon, M. Frantz a épousé Mlle Félicienne Noiray, native de Caderousse.
Vœux sincères aux nouveaux époux.
Décès. - Le 3 octobre, Joseph Bonnefoy, décédé à l’âge de 72 ans. – Le 16 octobre, Philippe Roche décédé à l’âge de 76 ans.
Mort il y a un an. - Le 20 novembre, Joseph Raymond.

ECHOS ET NOUVELLES
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Nos jeunes soldats. - M. Albin Aubépart, soldat en Allemagne, est venu permission dans sa famille.
- M. Olivier Chirot, soldat à Mayence, toujours dévoué pour rehausser nos fêtes par son talent musical, est venu dernièrement en permission. - M. Albert Ferragut, du 2e contingent de la classe 1923, a été désigné pour aller à Istres dans l’Aviation. Il était correspondant de l’Eclair et directeur du Patronage des garçons. Avant son départ, ces enfants ont tenu à le remercier en lui disant un compliment, et en lui offrant un bouquet.
- Le jeudi 4 octobre, M. l’abbé Bedos, curé de Cairanne, venu au presbytère, alla visiter notre patronage des filles.
- Le mercredi 17 octobre, les enfants des catéchismes reçurent la visite de M. l’abbé Brès, curé-doyen à l’Isle-sur-Sorgues. Ils lui témoignèrent par des compliments, des fleurs et des chants le plaisir que leur procurait cette visite. Plusieurs d’entre eux racontèrent les histoires de St Augustin, du Sacrifice d’Abraham et de la naissance de Moïse.
- Nous avons appris avec peine la mort de M. l’abbé Jouve, ancien vicaire de notre paroisse, abonné du Petit Caderoussier. L’établissement où il est décédé, bénéficiera de l’abonnement.
- Mme la Supérieure de l’hôpital de Grandris, Hospitalière de Ste Marthe, de retour de Palestine, est venue voir sa famille Roche-Revol. Abonnée au Petit Caderoussier, elle a fait une généreuse offrande.
- Mme Brochier et sa fille, lors de leur visite, exprimèrent le plaisir qu’elles ont de lire notre Bulletin par cette réflexion : Nous faï rire et nous faï ploura.
- Mme Marius Fréau, née Sève, nous apprend qu’elle fait passer le Petit Caderoussier à 4 ou 5 de ses amies qui l’attendent chaque mois avec impatience.
Mme Cler et sa fille, fidèles lectrices, viennent aussi nous faire visite.
- A la rentrée des classes, deux enfants ont quitté notre pays. Gaston Bastides pour rentrer au Petit Séminaire à Avignon ; et Henri Roche, neveu de M. le chanoine Ruat, curé de Cavaillon, pour aller à l’école libre d’Orange.
- Joseph Lafont, tambour à la Société (Intrépide Orangeois) a reçu sa nomination comme employé à la gare de la Guillotière à Lyon. Il avait pris part au pèlerinage des hommes à Lourdes.
- M. le Curé a transmis dernièrement, à ses paroissiens, les remerciements de Mgr l’Archevêque pour le Denier du culte, dont la somme s’élève cette année-ci à 2020 Fr.
- Mme Gabrielle Gromelle, habitant rue de l’hôpital, tomba d’une échelle et se blessa légèrement.
- Mlle Louise Perrin s’est fracturée le bras, ce qui n’est pas grave, mais qui nécessite quelques jours de repos.
- Une charrette chargée, conduite par M. Paul Perrin lui passa sur le pied. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement.
- M. Paul Roche vient d’ajouter à son industrie, une fabrique de cartonnage. Ce qui permettra à beaucoup de jeunes filles de travailler même chez elles.
- M. Joseph Bastides a pris la succession de Mme Boissel, ancien café Redon.
- Pour la fête votive de St Michel, il a fait un temps magnifique. Beaucoup d’attractions, et surtout un superbe feu d’artifice qui attira près de dix mille personnes. Les spectateurs étant sur les bords du Rhône, deux personnes prirent un bain forcé, ce qui rafraichit leur enthousiasme.
- Dimanche 21 octobre, un feu de cheminée se déclara chez M. Félix Bès. Aucun dégât important.
- Les vendanges sont terminées, la récolte des raisins a été très abondante. Le prix a été de 45 à 55 Fr. les 100 k.
- Dans la nuit du samedi 20 octobre, un dirigeable le ‘Dixmude’ passa sur notre ville endormie.
- M. Noirag, instituteur à Caderousse a été nommé à Avignon.
- Le R. P. Mialon a eu la visite de M. Brusco, de Nice, abonné, qui pendant son séjour a servi la messe à l’hospice.
- Dernièrement, le crieur public avertissait les habitants que Mme Marie Louise Perrin, domiciliée à Sorgues, fille de Mme Isabelle Roche, était décédée et que les héritiers inconnus devaient se présenter au notariat de Sorgues.
- Nous prévenons nos lecteurs que le Petit Caderoussier parait le premier dimanche de chaque mois.

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TRAVERS CHAMPS

La période de sécheresse que nous sommes en train de subir a permis un apprêt satisfaisant des regains et des millets à balais tardifs. En ce moment, la principale occupation consiste à débarrasser les champs en vue des semailles d’automne. Les tiges de millets déracinées à la charrue sont ensuite alternativement hersées et roulées et débarrassées ainsi de la terre qui adhère ; une dessiccation rapide se produit et au bout d’un temps relativement court, on peut ramasser tiges et racines, soit avec une herse, soit avec un râteau mécanique qui remplit très bien cet office. Il ne reste plus qu’à brûler sur place. Ce moyen-là qui est bien plus rapide que la bêche se pratique beaucoup cette année-ci, mais demande comme condition primordiale un terrain parfaitement sec.
A la ferme, à l’intérieur, on effeuille et on râcle tiges et panaches, travail gardé comme ultime occupation qui groupe tout le personnel lorsqu’on ne travaille pas dehors. Depuis quelques années, une machine allant de ferme en ferme, se charge d’enlever le grain et cette façon d’opérer se répand de plus en plus.
Nous sommes à l’époque des semailles, malheureusement la terre ne renferme pas assez d’humidité pour faire lever le grain, aussi le cultivateur est-il dans l’expectative… Doit-on semer dans la terrez telle qu’elle se présente après le labour au risque d’obtenir un commencement puis un arrêt dans la germination ou doit-on patiemment attendre que la pluie arrive ?... Les avis sont partagés et l’œil levé vers les nuages, le paysan observe la marche des nuées et la direction du vent en essayant de prévoir de quel côté viendra l’ondée qui fera enfin cesser tout équivoque.
 Le Vauclusien.

CONTRE LE BLASPHEME

Dernièrement s’est tenu à Turin, un congrès sur les moyens de lutter contre l’habitude de blasphémer, malheureusement si répandue en Italie. Les congressistes appartenaient à tous les partis et à toutes les classes. Les catholiques étaient à peu près seuls jusqu’ici à lutter contre le blasphème. Aujourd’hui, c’est toute l’élite intellectuelle du pays qui se lève pour cette croisade. Ainsi, on a entendu à Turin des rapports remarquables des sénateurs Foà et Mosca, tous les deux savants illustres dans leur pays. L’ordre du jour voté par le congrès de Turin, demande que l’Etat introduise dans le code pénal une disposition contre le blasphème et qu’on le punisse d’une amende comme toute autre contravention. Le Congrès de Turin contre le blasphème s’est terminé par une manifestation grandiose. Un cortège de 30.000 personnes a parcouru les rues de la ville et s’est arrêté devant le palais Madama, sur le balcon duquel se trouvaient le cardinal Richelmy, archevêque de Turin, le duc de Gênes, les autorités civiles et militaires. La foule immense qui se pressait sur la place a fait la promesse solennelle de combattre le blasphème et les conversations déshonnêtes ‘par respect pour Dieu et pour toutes les religions, et pour le bon renom de l’Italie’.

J. – H. FABRE et PASTEUR

On sait que Pasteur et Fabre ont fait leurs brillantes découvertes l’un dans une soupente et l’autre dans son harmas. Ils ont mené la lutte pour la science sans rien, avec leur seul génie, ils ont ébloui tout l’univers.
Fabre fut un peu le professeur de Pasteur. Un matin de juillet 1865, Louis Pasteur frappait à la porte de J. – H. Fabre, professeur de chimie à Avignon, qui habitait une modeste maison de la rue des teinturiers : ‘Je désirerais, dit le visiteur, voir des cocons de vers à soie, je n’en ai jamais vu. Bien que je sois envoyé par le ministre pour combattre la mortalité de vos magnaneries, je dois vous avouer que je suis étranger à la sériciculture’. Fabre courut chez le voisin, se bourra les poches de cocons et les présenta au savant. Pasteur n’exagérait rien de son ignorance : à la grande surprise de Fabre, il les tournait et retournait dans ses doigts. Il en approcha un de ses oreilles et l’agita comme font les enfants d’un jouet et demanda au professeur : ‘Il y a donc quelque chose là-dedans, cela sonne ?’ – ‘Mais oui, la chrysalide ou chenille momifiée qui s’en évadera papillon’. – ‘C’est extraordinaire ! Et dans tous les cocons il y a ces choses-là ?’ Ce jour-là, le petit professeur d’un lycée de Provence apprit à Pasteur ce qu’était la chrysalide du ver à soie.

LES COURSES DE TAUREAUX

A Bayonne, le shah a été conduit aux courses de taureaux. Le jeune souverain n’avait jamais assisté à une corrida. Il en a retenu une impression défavorable qu’il a confiée à un rédacteur du Gaulois :
‘Ce n’est pas beau. Je ne comprends pas. Le spectacle de ces chevaux éventrés est un spectacle tellement inhumain. Ce jeu méchant n’est pas en faveur dans toutes les provinces françaises, n’est-ce pas ? – Non, sire. – Combien de courses y a-t-il ? – Six. – On va tuer six taureaux ? – Oui, Sire. – Les spectateurs sont vraiment extraordinaires. Ils se passionnent pour ce jeu ? – L’ensemble est pittoresque et me plaît, mais le sang qui coule inutilement ne me plaît pas…’
Le descendant des despotes asiatiques vient nous donner une leçon de civilisation et d’humanité.

L’Actualité Diocésaine
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I.- LECENTENAIRE DE SAINT THOMAS D’AQUIN

Nous ne dirons rien de ces splendides manifestations ; les journaux catholiques (et même les autres) d’Avignon, de Paris et même du monde entier, en ont suffisamment parlé. La Croix d’Avignon, en particulier, en a donné un compte-rendu détaillé qui mérite d’être lu et relu.
Avignon a retrouvé pendant trois jours la grande physionomie qu’elle avait au Moyen-âge pendant le séjour des Papes, alors qu’elle était la capitale du monde chrétien.
Des princes de l’Eglise (cardinaux et évêques) s’y étaient donné rendez-vous ; des princes de la science et de la parole ont émerveillé les foules avides de les voir et de les entendre. Des cérémonies inoubliables se sont déroulées dans les paroisses de notre chef-lieu, particulièrement à la Métropole et dans la vaste église des Carmes. Heureux ceux qui ont pu les contempler !
Pour moi, modeste chroniqueur de ce Bulletin paroissial, je ne veux glaner qu’un tout petit souvenir d’une chose qui m’a charmé. C’est la vue de ces jeunes enfants de chœur du Petit Séminaire. Qu’ils étaient beaux dans leurs somptueux costumes d’étoffe rouge et de dentelles blanches tout flambant neuf, avec leur belle croix d’or sur la poitrine ! Qu’elles ont du tressaillir de joie et d’un légitime orgueil, les mamans qui ont pu voir leurs futurs prêtres prendre part à ces grandes cérémonies ! Elles ont dû sans doute les trouver plus beaux même que leurs Eminences les Cardinaux de Lyon et de Paris. Confiance, chères mamans :
Petit poisson deviendra grand
Pourvu que Dieu lui prêtre vie.

II. - A PROPOS DE LA REPRISE DES CATECHISMES

Voici deux entrefilets pris dans le Petit Observantin et dont plusieurs pourront faire leur profit :

1. – Avis très important
Nous croyons devoir donner, en tête du présent numéro, quelques extraits du règlement diocésain concernant le catéchisme préparatoire à la première communion solennelle ; nous en recommandons la lecture aux familles intéressées.
Art. 89. - Aucun enfant ne sera admis à la première communion solennelle s’il n’a suivi pendant deux ans les catéchismes préparatoires à ce grand acte. L’âge requis pour cette communion est fixé à onze ans ; il suffit que les onze ans soient révolus dans l’année où elle a lieu.
Art. 90. - Nous ordonnons subi gravi (sous peine de faute grave) à MM. Les Curés de faire apprendre le grand catéchisme à tous les enfants pendant les deux années préparatoires à leur première communion. Il n’y a d’exception que pour ceux qui ne savent pas lire…
Art. 93. - Tous les enfants des catéchismes doivent assister régulièrement aux offices du dimanche. On ne pourrait admettre à la première communion ceux qui, sans raison vraiment grave, auraient manqué plus de 7 à 8 fois à la messe.
On aura sans doute remarqué que, d’après l’art. 90, MM. Les Curés sont tenus sous peine de faute grave à n’admettre à la première communion aucun enfant qui n’aurait pas suivi le catéchisme pendant deux ans. Ils ne peuvent pas admettre non plus un enfant qui n’aurait pas onze ans révolus dans l’année.
On aura remarqué aussi l’obligation qu’il y aurait pour les curés d’exclure de la première communion un enfant qui, sans raisons vraiment graves, aurait manqué 7 ou 8 fois la messe du dimanche.
Ce règlement étant édicté par l’autorité épiscopale, c’est à cette autorité seule qu’il appartient d’accorder des dispenses que les familles croiraient pouvoir demander.
2. – Triste ! - Nous avons encore reçu, cette année, au catéchisme, de première année des enfants ne sachant pas faire le signe de la Croix et ne l’ayant jamais vu faire ! Sans doute, ces enfants n’ont pas de mamans…

III. - LES BEAUX EXEMPLES

Toujours du Petit Observantin :
Nos séminaristes. - La rentrée est faite. L’Observance a deux grands séminaristes : MM. Les abbés Gabriel et Brémond ; un futur grand séminariste, Maurice Brémond, qui se prépare dans une maison de vocations tardives ; et quatre élèves du petit séminaire : René Arnaud, Henri Brémond, Louis Gabriel et Jean Rol.
Cela nous fait un joli total de sept. Total provisoire, car d’autres petits yeux regardent avec envie du côté du séminaire et semblent devoir finir par aller s’y fixer tôt ou tard sur une grammaire latine… Dieu soit béni !
- (Arrêtons-nous là pour aujourd’hui, car, du côté de Vaison, nous voyons notre imprimeur impatient de recevoir notre copie en retard, et qui commence à nous faire les gros yeux !)
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Paroles de Mgr l’Archevêque

Note préliminaire. - Avec le froid grandissant, le désir de boire des liqueurs fortes et de l’eau de vie se réveille chez plusieurs, on rencontre même des parents assez insensés pour donner de bonne heure cette funeste habitude à leurs enfants, sous prétexte qu’une ‘goutte’ ou un ‘canard’ ne peuvent pas faire de mal. Ecoutez ces vigoureuses paroles de Monseigneur auxquelles les circonstances présentes donnent un regain d’actualité :

LES RAVAGES DE L4ALCOOL

C’est lui, le subtil (traduction du mot arabe Al Qohll) qui tue le plus, et toujours, et à coup sûr.
Il s’insinue dans l’organisme humain tout entier et dans chacun des systèmes qui le composent.
Il atteint, entre tous, le système nerveux, et en particulier, ‘le cerveau qui l’attire avec le plus d’avidité’. Dr Schulinus.
Il est la cause certaine de méningites et de convulsions innombrables.
Il produit directement et par légions, des épileptiques, des imbéciles et des idiots.
Il mène à la folie furieuse, au crime, au suicide.
Il excite au libertinage des mœurs et, avec lui, engendre la paralysie générale ou le ramollissement.
Il frappe la vie en ces sources mêmes, fait des dégénérés, si ce n’est des avortons, aboutit fatalement à la stérilité. Tout homme qui s’alcoolise, s’il vient à faire souche, tue en lui la famille qui sortira de lui. Et si le nombre s’accroît de ces souches stérilisées, c’est la race même-elle qui est menacée de périr.
Mgr Latty. - Les Vertus morales et les Vices du siècle, page 80.

LA PLUS HAUTE PUISSANCE MORALE DU MONDE

C’est le Pape. Or le sainteté Pie XI, dans une lettre récente qui a fait le tour de la presse, vient d’adresser ses hautes félicitations à Mgr l’Archevêque d’Avignon pour son bel ouvrage : Les Vertus et les Vices du siècle, dont nous sommes heureux et fiers de pouvoir publier ici, chaque mois, quelques lignes.
Il y a quinze jours à peine, dans son adresse de clôture de la deuxième retraite pastorale, M. l’abbé Rollot, curé-doyen de Cadenet, parlant au nom de tout le clergé du diocèse, s’exprimait ainsi :
‘C’est un précieux bienfait d’entendre, pour nous, portés par votre magistrale parole, ces lumineux enseignements dont vous avez le secret et dont le Souverain Pontife, fuge suprême, vient de souligner exceptionnellement la valeur aux yeux du monde par la lettre si flatteuse qui couronne votre récent et grand ouvrage sur les ‘Vertus et les Vices au siècle’. Vos prêtres émus demandent à y joindre le témoignage de leur admiration et de leur reconnaissance’
Et notre modeste Bulletin, Monseigneur, dont vous êtes, nous le savons, un lecteur assidu, ne demande qu’à avoir sa petite place dans ce concert universel :
 Puisque (en acclamant votre ‘Ouvrage’
 Aigle, rossignol ou lion,
 Chacun vous a, dans son langage,
 Offert un si beau témoignage :
 Daignez accueillir l’humble hommage
 Et le chant du petit grillon.

JAN PLOUVINO E LOU VOULUR

Emé la councordi, lou bounur e la drudiero an fa soun nis dins la granjo de Jan Plouvino. Lis agroufioun soun esta à tiro-péu, li pese an fa mirando, li blad an raca lou gran à plénis espigo, mau-grat lou secau li mei d’escoubo an poussa coume de canié e li blet à sucre semblon de cournudoun.
Justamen à la fin d’avoust, Jan Plouvino venié de tira soun plen pouchoun de biheto bluio enco dou mounié d’Aurenjo e i’ es arriba ’n tour !... Vous n’en dise pas mai ! Vau mai que vous lou conte.
Adounc si bèus image bèu au caud contro soun pitre, Jan s’entournavo tout plan-plan, e, coume de juste, en passant i Gres, beisè la panoucho vers l’ouncle Tito. Bataièron ni pau ni poun, que, l’avès bessai aussi dire, la tanto Noro n’ei pas breto ; pièi fauguè béure la verdo, e patin e coufin, talamen que lou soulèu avié cabussa quand noste ome encambè mai soun outis.
Passa lou Lampourdié, sus la routo qu’escalo au Pont entre li broutiero, se ié vesié pas mai di pèd que de la testo. Subran, un crid, uno butassado e sènso saupre coume aco s’èro fa, Jan Plouvino, lou canoun double d’un pistoulet souto lou nas, s’atrouvè en faço d’un espèci de miech-ome de sièi pan d’aut, se coume uno brouqueto e qu’e ié cridavo : ‘La bourso o la vido.
Mai, gringalet que gringalet, lou malandrin, en fasènt lusi li narro de soun camard, èro lou pu fort. I’ avié pas de resoun à torse, lou pu quito èro d’eisecuta.
Tout en pescant si biheto dins sa camiso e li presentènt au fulobro, Jan se pensè : ‘Grando Nosto Damo de Rôcofort, se me tiras d’eicito sènsoesclapo, vous fau proumesso d’ana faire crema dins vosto capello, un sierge gros coume la cueisso !’
L’escapoucho, d’uno grafignado faguè bresi li papié dins sa man negro, lis enfournè dins sa pochi e venguè em’ un èr de dous èr :
‘M’escusarès, l’ami ! mai chascun soun mestié !
- Foucho ! avès aqui un brave mestié ! faguè Jan ço que m’enfèto, - e se gratavo lou su, - ei que s’encô arrive à l’oustau sènso sou, la femovai mena un trin dou diable !
- Li femo, badin, ajustè l’autre, quand an proun brama se taison !
- Se taisarié bèn miéus, la miéuno, se vesié qu’ai manca me faire tia pèr defèndre la mounedo. S’aco vous destourbo de rèn, - vese que sias pas un marit ome, - fasès-me quàuqui trau dins mis abihage, emé voste pistoulet ; d’aco n’i’aura proun pèr me sousta !
- Se pou vous faire plesi, venguè mai lou bon estofo, en risènt, pode pas vous lou refusa !
Em’ acô dins lou pan de sa vèsto desboutounado que Jan fasié timbla, lou voulur lachè un cop de soun pistoulet.
‘Un cop à moun capèu !’ Diguè mai Jan, en se lou garant de dessus lou su. E tourna-mai l’autre en risènt ié trauquè soun capèu d’un bouitas à bout-pourtant.
‘Un cop à mi braio !’ Faguè mai Jan.
- Coume i’ anas ! venguè l’estafié. Acò duro pas tout l’an, moun ome ! Moun pistoulet n’ei plus carga !’
Bing ! Boung ! Bèu ! Pòu ! Acabavo pas de parla qu’un revès de cop de poung ié cabussavo sus lou mourre ! Ah ! Lou pistoulet n’ei plus carga ! Tè, cargo aquéu ! Tasto aquel autre ! Lou gringalet, sout la raisso de bacèu, lou nas en sang, un iue rebalant sus sa gaugno gounflo di boudougno, s’esvedelè de tout soun long en sacrejant.
Quand branlè plus ni pèd ni pauto, Jan daverè plan-plan de la pòchi, ounte l’autre l’avié rejouncho, la liassado de bihet blu, l’encafournè mai contro soun pitre, sautè sus sa machino… e passo que t’ai vist ! Nostro-Damo de Roco-fort, bèn gramaci !
Eis egau ! Carculavo Jan, en passant lou pont, s’empacho pas que s’aviéu agu lou peto-peto, aquel arcan dié n’aurié pas risca de m’arresta !’
Veirès encaro que lou croumpara, lou peto-peto, aquéu gusas de Jan Plouvino !
 G. BOUQUEIRAN

PROPOS DES SEMAILLES - L’EVANGILE et VAUCLUSE
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Avec novembre, voici, pour notre beau Comtat, le temps des semailles. Dans les plaines basses du Rhône, de la Durance ou des Paluds, comme sur les coteaux adossés au Ventoux ou au Lubéron, semeurs (de chair et d’os) et semeuses (mécaniques) vont confier le bon grain à la terre.
Ce grain produira-t-il des épis ? Ça dépend de l’endroit où il va tomber. Ecoutons :

LA PARABOLE DU SEMEUR
Le semeur sortit pour semer son grain ; et, pendant qu’il semait, une partie de sa semence tomba le long du chemin, où elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux la mangèrent. Une autre partie tomba dans un endroit où la terre n’avait pas beaucoup de profondeur. Elle leva aussitôt ; mais le soleil étant devenu plus ardent, comme elle n’avait point de racines, elle fut brûlée et se dessécha.
Une autre partie tomba entre des épines (ronces, chardons, caussido, etc.) et les épines, venant à croître, l’étouffèrent, et elle ne porta point de fruit.
Une autre partie, enfin, tomba dans la bonne terre et ses grains produisirent cent pour un, d’autres soixante, d’autres trente.

A propos de cette parabole, plusieurs pèlerins distingués ont fait ressortir la couleur locale dont elle est empreinte. Ecoutez, ami lecteur, un voyageur anglais, M. Stanley, décrivant les bords du lac de Tibériade, et vous me direz si cette description ne s’applique pas, point par point, à une infinité de nos paysages vauclusiens et si, par conséquent, il ne semble pas que cette parabole a été dite par le Divin Maître exprès pour les habitants du Comtat :

LE RECIT D’UN VOYAGEUR
‘Un petit enfoncement au pied de la colline, non loin de la plaine, raconte M. Stanley, m’a révélé tout à coup dans le détail, et avec un ensemble que je ne me souviens pas d’avoir rencontré ailleurs en Palestine, chacun des traits de la parabole. Il y avait le champ de blé ondulant, qui descendait jusqu’au rivage. Il y avait le chemin battu qui le traversait, sans mur ni haie pour empêcher la semence de tomber çà et là sur ses bords : il était durci par le passage perpétuel des chevaux, des mulets et des pieds humains. Il y avait la bonne terre qui distingue toute cette plaine des montagnes nues d’alentour, et qui produit une vaste quantité de blé. Il y avait le sol rocailleux qui, se détachant de la colline, s’avançait de divers côtés à travers le champ. Il y avait les larges bruissons d’épines qui s’élevaient parfois au beau milieu du blé doucement agité’. (Sinaï et Palestine, chapitre XIII)
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QUE SIGNIFIE CETTE PARABOLE ?
Quant à la signification de cette parabole, le lecteur avisé l’a déjà comprise : la semence, c’est la parole de Dieu ; le semeur, c’est celui qui prêche les vérités de l’Evangile ; le chemin, c’est le cœur endurci qui refuse de se laisser pénétrer par les divins enseignements (il entend la parole de Dieu à l’église ou dans ce Bulletin ; mais cette bonne semence reste à la surface, elle est piétinée par mille distractions qui passent, l’écrasent et l’emportent).
- La terre sans profondeur, ce sont les esprits légers et superficiels ; ils reçoivent la parole de Dieu avec joie, ils en profitent quelque temps, mais ça ne dure pas : à la première épreuve, leur bonne volonté se flétrit et tombe par terre.
- Les épines représentent les vices et les soucis du monde qui étouffent les bonnes intentions : Le dimanche j’irais bien à la messe, mais il faut que je nettoie mes écuries ; je garde le dimanche non pas en servant Dieu dévotement, mais en me faisant l’esclave de mon cheval, de mon mulet ou… de mes pourceaux !
Enfin, la bonne terre, c’est l’âme bien préparée, qui reçoit la semence avec esprit de foi, bonne volonté, et qui la fait produire trente, soixante et même cent pour un.

CONCLUSION
Soyons tous, chers lecteurs, cette bonne terre. S’il y a des endroits durcis, portons-y la pioche ou la charrue, arrachons les épines, et souvenons-nous bien qu’en fait de récoltes, nous n’emporterons de ce monde que celle de nos bonnes actions

ATTENTION
Il ne suffit pas de masquer, de dissimuler nos vices et nos défauts, ni même de les émonder ; il faut les arracher, les extirper jusqu’à la dernière racine, sans quoi ils reviennent vite tels qu’auparavant. Appliquons-leur le proverbe des anciens relativement à la ronce (bouissoun d’amouro e roumese) qui semble dire au cultivateur :
 Se me coupes, me poudes ;
 Se me brules, me fumes
 Se me derrabes, m’acabes !

Les Réponses du bon Chanoine

- Je sors d’une discussion avec une de mes amies qui prétend que, dans les lettres de faire part d’un mariage, il faut prier ses invités d’assister à la bénédiction nuptiale. Il me semble que ce n’est pas ainsi qu’il faut s’exprimer, puisque le mariage est un sacrement, et qu’un sacrement est plus qu’une simple bénédiction. (Y. A., à l’Isle-sur-Sorgues).
Réponse. – Vous avez parfaitement raison et votre amie a tort. Voici justement ce que disait à ce sujet M. Henry Reverdy dans la Libre Parole du 25 juin dernier :
Autre fois les lettres d’invitation portaient : ‘Monsieur et Madame X…, ont l’honneur de vous faire part du mariage de leur fils, M. ….? avec Mlle Z…, qui sera célébré à l’église de …’
Aujourd’hui, beaucoup de gens, bien inconsciemment d’ailleurs, ont adopté une nouvelle formule : ‘M. et Mme X… ont l’honneur de vous faire part du mariage de leur fils M. Y… avec Mlle Z…, et vous prient d’assister à la bénédiction nuptiale qui leur sera donnée à l’église de…’
Rédaction en apparence anodine, mais qui contient une erreur profonde de doctrine, car elle tend à faire croire que le mariage s’accomplit réellement à la mairie et qu’on va simplement à l’église pour le faire bénir, alors que le mariage des catholiques résulte uniquement de l’échange du consentement des époux en présence du propre curé et des témoins.
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- Que signifie le sel que le prêtre fait goûter au petit enfant qu’il va baptiser ? (Une lectrice de Cadelet).
Réponse. - Dans l’ordre matériel, le sel a deux emplois : 1. Il relève le goût de certains aliments ; 2. Il préserve les viandes de la corruption.
De même dans l’ordre surnaturel, la grâce du baptême donnera au nouveau baptisé le goût de certaines choses saintes et préservera son âme de la corruption du péché.
Voilà pourquoi le prêtre, en présentant le sel au petit enfant, lui dit : ‘Recevez le sel de la sagesse, qu’il soit pour vous le gage de la vie éternelle’.

PETIT JESUSATTENDEZ UNE MINUTE

Une petite fille charmante – Rosette, quatre ans environ – fait sa prière avant de se coucher. Son frère cadet – deux ans – la voyant absorbée, en profite pour la taquiner tant qu’il peut.
Pendant quelques minutes, la mignonne enfant essaie de ne pas se laisser distraire par les agacements du petit mutin ; mais, à la fin, n’y tenant plus, et ouvrant dans sa prière cette parenthèse motivée :
- Petit Jésus, implore-t-elle, voulez-vous attendre une minute que j’aie donné une gifle à mon petit frère qui me tire les cheveux ?

Le Saint Martin
(Dimanche 11 novembre – Anniversaire de l’Armistice)

Personne n’ignore qu’après Notre Seigneur et la Ste Vierge, St Martin est le saint qui est dédié le plus grand nombre d’églises, non seulement en France, mais en Europe et dans le monde entier.
La France, à elle seule, en compte 3.672 !
Deux communes de Vaucluse portent le nom de St-Martin, ce sont : St-Martin-de-Castillon et St-Martin-Labrasque.
Dix de nos paroisses l’ont choisi comme leur Patron, à savoir : Caderousse, Bollène, St Blaise, La Croisière, Visan, St-Martin-de Castillon, Gignac, Boisset, La Garde-Paréol et Causans.
De plus, les églises paroissiales de Bollène, Causans, Ansouis et St-Martin-Labrasque sont sous le vocable de St Martin, qui est leur titulaire.
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La vie de St Martin est très intéressante à lire. En voici le trait le plus connu et dont il fut le héros bien avant d’être évêque de Tour, car il n’avait alors que dix-huit ans et fils de parents païens, il se préparait à recevoir le baptême.

St MARTIN ET LE MENDIANT
Un jour qu’il était à cheval, durant un hiver si rigoureux que plusieurs personnes moururent de froid, il rencontra à la porte d’Amiens un pauvre presque nu qui demandait l’aumône aux passants.
Voyant que ceux qui le précédaient n’avaient point regardé ce malheureux, il pensa que Dieu le lui avait réservé, mais il avait distribué tout ce qu’il possédait, et il ne lui restait plus que ses armes et ses vêtements. Que faire ? Il coupe son manteau en deux ; il en donne la moitié au pauvre, et s’enveloppe comme il peut avec l’autre moitié.
Quelques-uns de ceux qui le virent en cet état, se mirent à le railler ; mais d’autre, frappés du motif qui l’avait fait agir, furent saisis d’admiration, et se reprochèrent secrètement de n’avoir pas assisté le pauvre.
La nuit suivante, Martin vit en songe Jésus-Christ couvert de cette moitié de manteau qu’il avait donnée, et il l’entendit dire à une troupe d’anges qui l’environnaient : ‘Martin, qui n’est encore que catéchumène, m’a couvert de ce vêtement’.
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Quel bel exemple de charité, et comme cette apparition miraculeuse de Notre-Seigneur illustre bien la parole si encourageante de l’Evangile : ‘Ce que vous faites à l’un de ces humbles et de ces petits, c’est à moi que vous le faites’.

L’harmonie du monde
On demandait un jour à un arabe du désert à quels signes il reconnaissait l’existence de Dieu.
- De la même façon, répondit-il que par les traces laissées sur le sable, je reconnais s’il a passé un homme ou une bête.
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 VARIETES VAUCLUSIENNES
Le trou vide…
Un trou venait d’être creusé dans le cimetière de ma paroisse.
Ce trou était au rang, à la suite du dernier tombeau. Il avait les dimensions règlementaires. La terre rouge des parois était humide ; le fond, bien qu’habilement aplani, avait en un coin une petite mare d’eau sale jaillie d’en bas à travers le sol.
Il n’existait encore aucun mourant parmi mes paroissiens. Donc ce trou était creusé d’avance et il attendait.
Quel serait le cercueil qui descendrait là ?...
Serait-il de chêne, avec des poignées ciselées de cuivre ou d’argent ?...
Serait-il de sapin blanc avec des poignées de fer ?...
Le monceau d’argile qui s’élevait auprès pour le recouvrir n’en savait rien. Dieu seul aurait pu nous répondre.
C’était le soir de la Toussaint, vers cinq heures, après les vêpres des morts.
A cette heure, en ce jour, ce trou béant et affamé, était un lugubre avertissement. Lui, tout seul, avec son silence et son mystère, appelait un glas.
Lequel ?... Quand ?... Où ?...
Un jeune homme ?... un vieillard ?... Un enfant ?...
Un ange ou un damné ?...
Malgré le brouillard épais qui n’avait pas cessé de toute la journée, le pèlerinage des vivants parmi les allées funèbres durait toujours. Avec le crépuscule qui s’annonçait plus tôt qu’à l’ordinaire par ce mélange de lumière à l’agonie et d’ombre hâtive des jours pluvieux d’automne, ce pèlerinage revêtait même un air de mélancolie plus profonde et plus éloquente. Les femmes continuaient de s’agenouiller au bord des tombes ; les hommes, debout, le chapeau ou la casquette à la main, regardaient plus bas que la terre où reposait l’absent qu’ils venaient voir.
On ne se parlait pas, ou c’était à voix basse comme dans un temple.
N’était-ce pas, en effet, dans un temple ?... Le temple de la mort…
‘Ici repose…’ ‘Requiescat in pace…’ ‘Regrets éternels…’ ‘Priez pour lui…’ Tous les tombeaux avaient le même langage et ce langage venait d’en bas et d’en haut à la fois : d’en haut où planaient les âmes, d’en bas où gisaient les corps.
Le trou vide était en bordure de l’allée principale. Un homme passa et s’arrêta.
Je le vis qui regardait la profondeur de la tombe. Cet homme pouvait avoir quarante ans. Son front se plissa. Il réfléchissait.
- Voilà, se disait-il, où il faut aboutir demain ou plus tard, infailliblement. Est-ce tout ?... Au surplus, pourquoi pas ?... Alors ce n’est guère la peine de vivre, puisque vivre c’est souffrir et que mourir c’est tout perdre. Autant plus vite que plus tard. Dans ce cas que viens-je faire ici, s’il n’y a rien que le néant d’un passé sans avenir ?... Ceux qui sont morts n’ont que faire de moi et je n’ai que faire d’eux. Au fond, c’est un usage sans plus que de visiter le tombeau des siens, s’ils ne sont plus rien.
Néanmoins, il avança. A quelques pas de là il s’engagea dans une allée étroite, puis se découvrit devant une pierre où il y avait un nom et une couronne, et sur la couronne ces trois mots ‘A ma mère’. Cette couronne c’était lui qui l’avait déposée là le soir du jour triste où cette pierre s’était rabattue sur son premier et son dernier amour. Sa tête se pencha lourde de chagrin. Dans sa main, son front pensait.
…Elle était là celle qui l’avait enfanté, qui l’avait nourri de ses veilles laborieuses, qui l’avait amusé sur ses genoux. Il sentait encore la douceur de ses doigts chauds qui se posaient sur ses yeux pour l’endormir, lors que tout petit il commençait à fixer déjà dans son âme les souvenirs qui ne s’effacent pas, ceux de l’enfance, tandis que tant d’autres s’évanouissent. Il entendait, comme si elle parlait toujours, cette voix fraiche qui calmait ses colères et encourageait ses premiers efforts dans la vie. Pauvre maman qui reposait glacée sous la terre !... Avait-elle donc fini d’aimer, celle qui l’avait tant aimé ?... Avait-elle donc fini d’agir, celle qui avait tout fait de son éducation et de son avenir ?... Toute cette activité maternelle jaillissant de toutes ces pensées, de toutes ces espérances, de tous ses soucis qu’une mère remue dans son cœur pour son fils, avait-elle fini là, sans lendemain, sans autre lendemain que lui-même, prolongement de celle qui n’était plus ?... Et entre ce lendemain qu’il était et cette sainte créature qui dormait là, n’y avait-il que l’irréparable séparation de la mort sans autre chose ?...
Peu à peu l’apaisant espoir d’un au-delà remontait en son âme par le besoin qu’il en avait et par le sourd travail de la vérité qui s’accomplissait en lui. Elle avait peiné, cette femme, et ses labeurs l’avaient conduite au tombeau plus tôt que l’âge et sans qu’elle eût cueilli la récompense de sa vie. Sans doute, si elle avait vécu, elle aurait été fière de son fils, et sa meilleure joie, elle l’eût trouvée dans la situation où l’honnêteté reçue et l’amour du travail l’avaient amené. Mais elle n’était plus là… Mais il n’y avait pas eu, pendant qu’elle y était, d’équilibre entre ses efforts et leurs résultats. Donc elle devait l’avoir recueilli ailleurs cet équilibre ; donc elle devait même l’avoir rencontré sur le chemin de ses projets, et puisque vivante elle avait tout sacrifié d’elle-même à l’avenir de son fils, morte elle le devait voir et goûter dans un au-delà réel la joie d’un succès qu’elle n’avait pas connu ici-bas.
Elle vivait… Elle vivait… Ils n’étaient donc pas tout à fait séparés, puisqu’ils pouvaient s’aimer encore et se comprendre. Au demeurant, n’était-ce pas elle, sa pensée, son cœur qui lui parlait par delà le mystère de la mort, tandis que lentement il écoutait la voix de la consolation et de la foi ?
Alors ses genoux fléchirent et, comme je passais tout près derrière lui, j’entendis les sanglots qu’il essayait d’étouffer, cet homme de quarante ans murmure d’amour :
- ‘Ah… Maman !’
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 * *
Nous sortîmes ensemble. En passant devant la fosse vide dont la pluie détrempait le fond argileux, il me prit le bras pour m’arrêter.
- Ici, me dit-il, j’ai douté.
Et il me montra l’autre tombe, celle où il venait de s’agenouiller et de pleurer.
- Là, j’ai cru et j’ai prié. Pourquoi cette différence ? Vous ne me le demandez pas ?...
Comme je lui faisais signe que j’avais compris sans demander, il ajouta :
- C’est que, n’est-ce pas, ce trou-là est vide, tandis que là-bas…
- Là-bas, concluais-je, il y a quelqu’un, votre mère, et le silence qui remplit les tombeaux, c’est toute l’éternité qui parle…
 Yv. Des LANDES

FIN CONTRO FIN
— : —
Très bons ami : un Gascoun, un Marsihés eme un Caderoussié, que s’èron couneigu au front dôu tems de la fuerro, se rescountrèron pèr asard l’autre jour à la Canebiero. Après agué dina ensèm au ‘Restaurant dôu Mount-Ventour’ sus lou Vèi-Port, e agué chourla quauqui boni boutiho de Cas-tèu-nôu e de Muscat de Baumo, quand venguè pèr regla :
 - Cadedis ! diguè lou Gascoun, cresènt d’engana li dous autre, voulès que faguèn un pari ? Disèn, chascun à noste tour, la plus bello fourtun o que se posqiue imagina ; aquéu pagara la noto, qu’aura mens trouva que lis autre.
Alè - Alè ! g
- Alè ! Faguèron li dous coulègo.
 - Iéu, accoumencè lou Gascoun, voudriéu que touto la terro sieguèsse en or, e que sieguèsse miéuno !
- Iéu, dis lou Marsihés, voudriéu, tè ! que touto la mar sieguèsse d’encro ! em’acô escriéure sus un papié un 9 emé de zéro après, tant que l’oncro sarié pas abenado ! E voudriéu de terro en or tant que n’auriéu marca !
 - E bèn, ièu, rebequè lou Caderoussié, voudriéu qu’un tron de l’èr vous empourtèsse touti dous, estre voste eiritié, e gis paga de dret de sucessioun !
Moun ome ! Lou Gascoun sourtiguè si bihet de banco en remieutejant, e coumprenguè un pau tard que fin contro fin vòu rèn pèr doubluro !
 LOU BARRULOUN

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Le coin des Chercheurs

N° 15.- Ce qu’on trouve une fois dans une minute, deux fois dans un moment, et qu’on ne trouverait pas une fois dans cent ans ; c’est la lettre m.
N° 16. - Otez-moi ma première lettre, ma seconde lettre ; ôtez-moi toutes mes lettres, je suis toujours le même. – Eh, parbleu, c’est notre brave facteur !
N° 17. Quels sont les poissons qui ont deux yeux les plus rapprochés l’un de l’autre ? - Ce sont les plus petit !

A trouver :
N° 18. - Charade. - Mon premier est un ordre, mon second est un ordre, et mon tout est un désordre. (Paul de la Durance)
N° 19. - Métagramme
 Je suis un bienheureux séjour
 Où je te souhaite d’aller un jour.
 Change ma tête ; quand tu dînes,
 Tu peux me changer en tartines.
 Change ma tête encore un coup :
 Je deviens amer plus que tout !
 (Une pensionnaire de Violès)
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 Le Gérant : N. MACABET

 FIN